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Escalade de la crise d'extinction des espàces
Posté par Jean-Pascal Guéry le 29/01/2008 à  23h12

La Liste rouge de l'UICN des espàces menacées dresse réguliàrement le bilan de l'état des plantes et des animaux de la planàte. Cette Liste fait autorité dans le monde. L'édition 2007 renouvelle l'appel à  la mobilisation face à  la crise mondiale de l'extinction des espàces sauvages.

Gland, Suisse, 12 septembre 2007, Union mondiale pour la nature (UICN) - La vie sur Terre disparaà®t rapidement et continuera de disparaà®tre si des mesures ne sont pas prises de toute urgence: c'est ce que dit la Liste rouge de l'UICN des espàces menacées 2007.

La Liste rouge de l'UICN répertorie désormais 41 415 espàces dont 16 306 sont menacées d'extinction (contre 16 118 l'an dernier). Le nombre total d'espàces éteintes a atteint le chiffre de 785 et 65 autres n'existent qu'en captivité ou en culture.

Un mammifàre sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers de tous les amphibiens et 70% de toutes les plantes évaluées dans la Liste rouge de l'UICN 2007 sont en péril.

Julia Marton-Lefàvre, Directrice Générale de l'Union mondiale pour la nature (UICN), déclare : « La Liste rouge de l'UICN de cette année démontre que les efforts inappréciables déployés à  ce jour pour protéger les espàces sont insuffisants. Le rythme de l'érosion de la biodiversité s'accélàre et nous devons agir sans plus attendre pour le réduire de maniàre significative et pour mettre un terme à  cette crise mondiale de l'extinction. Nous pouvons le faire mais uniquement dans le cadre d'un effort concerté à  tous les niveaux de la société. »

La Liste rouge de l'UICN des espàces menacées est largement reconnue comme l'évaluation la plus fiable du statut des espàces de la planàte. Elles y sont classées selon le risque d'extinction et la Liste met clairement en lumiàre le déclin continu de la diversité biologique mondiale et les impacts de l'humanité sur la vie sur Terre.

Jane Smart, Chef du Programme de l'UICN pour les espàces, explique : « Nous devons connaà®tre l'état précis des espàces pour pouvoir prendre les mesures qui s'imposent. C'est ce que fait la Liste rouge de l'UICN en mesurant l'état de la diversité biologique à  l'échelon mondial, le rythme auquel elle disparaà®t et les causes du déclin.

« Nos vies sont intimement liées au sort de la diversité biologique et, au bout du compte, sa protection est essentielle à  notre propre survie. Le monde commence à  réagir à  la crise actuelle de perte de la diversité biologique et a besoin de l'information donnée par la Liste rouge de l'UICN pour concevoir et appliquer des stratégies de conservation efficaces – dans l'intéràt de l'homme et de la nature. »

Quelques instantanés de la Liste rouge de l'UICN de cette année

Le déclin des grands singes

Une nouvelle évaluation de nos parents les plus proches, les grands singes, révàle un tableau plutà´t sombre. Le gorille de l'ouest (Gorilla gorilla) est passé de la catégorie 'En danger' à  'En danger critique d'extinction'. On a, en effet, découvert que la principale sous-espàce, le gorille de plaine occidental (Gorilla gorilla gorilla), a été décimée par le commerce de la viande de brousse et le virus Ebola. Depuis 20 à  25 ans, la population a diminué de plus de 60 % et environ un tiers de la population totale présente dans les aires protégées a succombé au virus Ebola depuis 15 ans.

L'orang-outan de Sumatra (Pongo abelii) reste dans la catégorie 'En danger critique d'extinction' et l'orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) dans la catégorie 'En danger'. Tous deux sont menacés par la perte d'habitat due à  l'exploitation licite et illicite du bois et au défrichage des foràts pour faire place à  des plantations de palmiers à  huile. à€ Bornéo, la superficie des plantations de palmiers à  huile est passée de 2000 km² à  27 000 km² entre 1984 et 2003 ce qui ne laisse que 86 000 km² d'habitat disponible pour l'espàce dans toute l'à®le.

Premiàre apparition des coraux sur la Liste rouge de l'UICN

Pour la premiàre fois, des coraux ont été évalués et inscrits sur la Liste rouge de l'UICN. Dix espàces des Galà¡pagos ont fait leur entrée sur la Liste dont deux dans la catégorie 'En danger critique d'extinction' et une dans la catégorie 'Vulnérable'. Rhizopsammia wellingtoni a été classé 'En danger critique d'extinction' (Peut-àtre éteint). Pour ces espàces, les menaces principales sont les effets du phénomàne El Nià±o et des changements climatiques.

Par ailleurs, 74 algues des à®les Galà¡pagos ont été inscrites sur la Liste rouge de l'UICN. Dix sont jugées 'En danger critique d'extinction' et six d'entre elles 'Peut-àtre éteintes'. Les espàces d'eau froide sont menacées par les changements climatiques et l'augmentation de la température des mers qui caractérise El Nià±o. Les algues sont aussi indirectement affectées par la surpàche qui élimine les prédateurs de la chaà®ne alimentaire et favorise ainsi la prolifération des oursins et d'autres herbivores consommateurs d'algues.

Le dauphin d'eau douce du Yangtze En danger critique d'extinction (Peut-àtre éteint)

Apràs une recherche intensive, mais infructueuse, en novembre et décembre de l'année derniàre, le dauphin d'eau douce du Yangtze, ou Baiji (Lipotes vexillifer) a été inscrit dans la catégorie 'En danger critique d'extinction' (Peut-àtre éteint). Si le dauphin n'a pas été placé dans la catégorie supérieure, c'est qu'il faudra mener d'autres études avant de le classer définitivement 'à‰teint'. Une observation possible, signalée fin aoà»t 2007, est en train d'àtre vérifiée par des experts scientifiques chinois. Pour cette espàce, les principales menaces sont la pàche, le transport fluvial, la pollution et la dégradation de l'habitat.

Le gavial (Gavialis gangeticus), crocodile de l'Inde et du Népal, est aussi confronté aux menaces de la dégradation de son habitat et a été déplacé de la catégorie 'En danger' à  'En danger critique d'extinction'. Récemment, sa population a chuté de 58 % – de 436 adultes reproducteurs en 1997 à  182 en 2006. Les barrages, les projets d'irrigation, l'exploitation du sable et les digues artificielles ont envahi son habitat, le réduisant à  2 % de l'aire de répartition d'origine.

Les vautours en crise

Cette année, le nombre total d'oiseaux répertoriés dans la Liste rouge de l'UICN s'élàve à  9956 dont 1217 sont menacés. En Afrique et en Asie, les vautours sont sur le déclin et le classement de cinq espàces dans la Liste rouge a été modifié. En Asie, le vautour royal (Sarcogyps calvus) est passé de 'Quasi menacé' à  'En danger critique d'extinction' tandis que le vautour percnoptàre (Neophron percnopterus) est passé de 'Préoccupation mineure' à  'En danger'. Depuis huit ans, le déclin rapide des oiseaux est poussé par l'utilisation d'un médicament, le diclofenac, pour traiter le bétail.

En Afrique, trois espàces de vautours ont fait l'objet d'une nouvelle classification, notamment le vautour à  tàte blanche (Trigonoceps occipitalis), passé de 'Préoccupation mineure' à  'Vulnérable', le vautour africain (Gyps africanus) et le vautour de Rà¼ppell (Gyps rueppellii), tous deux passés de 'Préoccupation mineure' à  'Quasi menacé'. Le déclin des oiseaux est dà» au manque de nourriture, avec la réduction du nombre de mammifàres sauvages herbivores, à  la perte d'habitat et à  la collision avec les lignes à  haute tension. Ils ont également été empoisonnés par des carcasses délibérément aspergées d'insecticide pour éliminer les prédateurs du bétail tels que les hyànes, les chacals et les grands félins. Malheureusement ces carcasses tuent aussi les vautours.

Des reptiles nord-américains ajoutés à  la Liste rouge de l'UICN

Suite à  une vaste évaluation, 723 reptiles mexicains et nord-américains ont été ajoutés à  la Liste rouge de l'UICN ce qui porte le total à  738 reptiles inscrits pour la région. Parmi eux, 90 sont menacés d'extinction. Deux tortues d'eau douce mexicaines, Trachemys taylori et Trachemys ornata, sont inscrites dans les catégories 'En danger' et 'Vulnérable', respectivement. Toutes deux sont menacées par la perte d'habitat. Le crotale mexicain Crotalus catalinensis, persécuté par les collectionneurs qui le chassent illégalement, a également rejoint la Liste dans la catégorie 'En danger critique d'extinction'.

Plantes en péril

Sur la Liste rouge de l'UICN, il y a maintenant 12 043 plantes dont 8447 sont menacées. Le bégonia Begonia eiromischa est la seule espàce à  avoir été déclarée 'à‰teinte' cette année. Cette plante de Malaisie n'est connue que par des prélàvements réalisés en 1886 et 1898 sur l'à®le de Penang. Des activités de recherche intenses, dans les foràts voisines, n'ont permis de trouver aucun spécimen depuis 100 ans.

L'abricot sauvage Armeniaca vulgaris d'Asie centrale a été évalué et fait son entrée dans la Liste rouge de l'UICN pour la premiàre fois dans la catégorie 'En danger'. L'espàce est l'ancàtre direct de plantes largement cultivées dans de nombreux pays dans le monde mais sa population diminue à  mesure que son habitat fait place à  des infrastructures touristiques et à  l'exploitation pour le bois, l'alimentation et le matériel génétique.

Le poisson-cardinal de l'à®le de Banggai victime du commerce pour les aquariums

La surpàche maintient la pression sur de nombreuses espàces de poissons, tout comme la demande du commerce pour les aquariums. Le poisson-cardinal de l'à®le de Banggai ou apogon de Kaudern (Pterapogon kauderni), tràs recherché par les amateurs d'aquariums, est inscrit pour la premiàre fois sur la Liste rouge de l'UICN, dans la catégorie 'En danger'. Ce poisson que l'on ne trouve que dans l'archipel de Banggai, pràs des Célàbes, en Indonésie, est tràs lourdement exploité : on en prélàve environ 900 000 par an. Les spécialistes de la conservation prà´nent l'élevage de ce poisson en captivité pour les aquariums afin que les populations sauvages aient une chance de se reconstituer.

Ces instantanés de la Liste rouge de l'UICN 2007 ne sont que quelques exemples illustrant la disparition rapide de la diversité biologique à  l'échelle du Globe. La disparition des espàces a une incidence directe sur notre vie. La diminution du nombre de poissons d'eau douce, par exemple, prive les communautés rurales pauvres non seulement de leur principale source alimentaire mais aussi de leurs moyens d'existence.

LA PERTE DES ESPECES EST NOTRE PROPRE PERTE

Il arrive que les mesures de conservation puissent ralentir la perte de diversité biologique mais il reste de nombreuses espàces auxquelles il faudrait consacrer plus d'attention. Cette année, une seule espàce a été transférée vers une catégorie de menace inférieure. La perruche de Maurice (Psittacula eques) qui, il y a 15 ans, était un des perroquets les plus rares au monde, est passée de la catégorie 'En danger critique d'extinction' à  'En danger'. Cette amélioration est le résultat de bonnes mesures de conservation, notamment la surveillance étroite des sites de nidification et l'apport de nourriture supplémentaire, associées à  un programme d'élevage en captivité et de là¢cher.

Jean-Christophe Vié, Chef adjoint du Programme de l'UICN pour les espàces, déclare : « Notre expérience nous montre que les programmes de conservation peuvent donner de bons résultats mais, malheureusement, cette année, nous n'annonà§ons d'amélioration que pour une seule espàce. C'est tràs inquiétant compte tenu des engagements pris par les gouvernements, par exemple l'objectif 2010 de réduction du taux de perte de la biodiversité. Cela montre, à  l'évidence, que nous devons redoubler d'efforts pour soutenir les travaux des milliers de personnes enthousiastes qui luttent, chaque jour, dans le monde entier, pour préserver la diversité de la vie sur cette planàte.»

Holly Dublin, Présidente de la Commission de la sauvegarde des espàces de l'UICN, ajoute : « les réseaux de la conservation qui consacrent leurs efforts à  la lutte contre la crise de l'extinction, comme la Commission de la sauvegarde des espàces, sont efficaces. Ils ont cependant besoin qu'on les aide et qu'on les appuie financiàrement bien davantage car tous seuls, ils sont impuissants. Le défi que représente la crise de l'extinction doit aussi retenir l'attention du grand public, du secteur privé, des gouvernements et des décideurs politiques si l'on veut que la diversité biologique mondiale soit transmise intacte aux générations à  venir. »

Aidez l'UICN dans sa lutte contre la crise de l'extinction -- envoyez vos dons maintenant :

http://www.iucn.org/themes/ssc/donation/donation_page.htm

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