KINSHASA, 12 avr 2007 (AFP) - Le procureur général
de la République démocratique du Congo, Tshimanga Mukeba, a demandé mardi
au Sénat la levée de l'immunité de l'ex-vice-président
congolais et sénateur Jean-Pierre Bemba, une démarche immédiatement
dénoncée par le parti de l'ex-chef rebelle.
Cette demande fait suite à l'ouverture d'une information judiciaire par
le parquet général le 23 mars sur les affrontements sanglants entre
l'armée régulière et la garde rapprochée de Jean-Pierre
Bemba en plein coeur de Kinshasa les 22 et 23 mars derniers.
"J'ai le pouvoir de demander la levée de l'immunité du sénateur
Bemba. J'ai envoyé un courrier au Sénat en ce sens", a déclaré à l'AFP
M. Mukeba.
M. Bemba a quitté mercredi la RDC pour des soins médicaux au
Portugal, avec l'autorisation du Sénat. Il était depuis le 22 mars "hébergé" dans
une résidence de l'ambassade d'Afrique du Sud à Kinshasa.
Dans ce courrier adressé au président provisoire du Sénat
et reproduit jeudi par le quotidien L'Observateur, M. Mukeba demande d'"autoriser
les poursuites à charge du sénateur Jean-Pierre Bemba pour permettre
(...) d'appronfondir les investigations et à l'intéressé de
présenter ses moyens de défense".
M. Mukeba, qui présente dans son courrier un résumé succinct
des violences des 22 et 23 mars, conclut que "certains des faits exposés
(...) peuvent être mis à charge du sénateur Bemba en tant
qu'auteur intellectuel des infractions commises par des militaires chargés
de sa sécurité".
La garde rapprochée de M. Bemba, qui a combattu le régime de Kinshasa
pendant la dernière guerre en RDC (1998-2003), a été totalement
défaite par l'armée régulière lors de ces combats.
Interrogé par l'AFP sur les charges pouvant être retenues contre
M. Bemba, M. Mukeba a énuméré les qualifications de "meurtres,
vols à main armée et destructions méchantes", le meurtre étant
passible de la peine de mort en RDC.
La peine capitale, encore prononcée régulièrement, n'a plus été appliquée
depuis 2003 dans le pays.
Le parti de M. Bemba, le Mouvement de libération du Congo (MLC), a qualifié jeudi
de "manoeuvre politique" cette demande de levée d'immunité.
"Nous sommes désagréablement surpris de voir que l'esprit
d'apaisement qui a animé les tractations pour le départ (au Portugal),
pour soins médicaux, de Jean-Pierre Bemba est remis en cause par ce courrier du procureur général",
a déclaré à l'AFP le secrétaire exécutif national
du MLC Thomas Luhaka.
"Cette précipitation nous pousse à penser qu'il s'agit d'une
manoeuvre politique. Cette lettre est de nature, dans l'intention de ses auteurs
directs ou indirects, à créer un obstacle à un retour rapide
de Jean-Pierre Bemba" en RDC, a ajouté M. Luhaka, joint au téléphone
par l'AFP.
La demande de levée d'immunité du sénateur Bemba doit être étudiée
par le bureau provisoire du Sénat. Cependant, selon plusieurs sénateurs
interrogés jeudi, cette demande ne pourrait être soumise au vote
des sénateurs qu'une fois le règlement intérieur du Sénat
validé par la Cour suprême de justice (CSJ).
Ce règlement intérieur a été transmis le 5 avril
par le sénat à la CSJ qui disposait à compter de cette date
de 15 jours pour rendre son avis.
"Je m'étonne que le procureur général saisisse le bureau
provisoire, dont les pouvoirs sont limités, d'une institution (le Sénat)
qui n'a pas encore son règlement intérieur", a estimé sur
ce point M. Luhaka.
Selon ce règlement, adopté également par les élus
du parti d'opposition de M. Bemba, l'immunité ne peut être levée que par un vote des
deux tiers des sénateurs.
AFP 13/04/2007 - Monuc