Gorilles en péril ! Comme si les braconniers,
le virus Ebola et la déforestation ne suffisaient pas, voici que les
rebelles s'y mettent. Depuis le début du mois, deux gorilles à dos
argenté ont été tués en République démocratique
du Congo (RDC) par des rebelles, partisans du général dissident
Laurent Nkunda, un ancien officier de l'armée congolaise accusé de
crimes de guerre. Les associations de protection de la faune comme Africa
Conservation Fund, une ONG britannique, craignent le début d'un massacre,
alors qu'il ne reste dans le monde que 700 gorilles des montagnes.
Restes. «L'espèce
est menacée, et je crains que cette récente attaque contre
des gorilles n'en laisse présager d'autres si aucune action immédiate
n'est menée pour déloger Nkunda et ses troupes de leurs positions», prévient
Robert Muir, de la Société zoologique de Francfort. Les primates
ont été tués pour être dépecés et
mangés. Leurs restes ont été retrouvés près
d'un camp de rebelles. Quant au malheureux ranger chargé de protéger
cette espèce en voie de disparition, il a pris ses jambes à son
cou face aux attaques des soldats. Mardi, les combattants ont néanmoins
promis, à l'issue d'une réunion avec les responsables du parc,
de cesser ce genre d'action. Les gorilles des montagnes vivent aujourd'hui
dans deux endroits : la forêt de Bwindi en Ouganda et les chaînes
volcaniques des Virunga, qui couvrent trois pays, la RDC, le Rwanda et l'Ouganda.
«L'avenir des gorilles repose sur un petit
nombre de rangers qui risquent leur vie avec très peu de soutien du
monde extérieur, estime Richard Leakey, le célèbre
paléontologue, qui a lutté dans les années 80 contre
le massacre des éléphants au Kenya et qui a fondé une
organisation de formation de rangers pour la réserve de Virunga.
Beaucoup moins sauvages que leurs cousins des plaines,
plus faciles à observer, les gorilles des montagnes sont très
pacifiques, contrairement à leur réputation. Leur nom «dos
argenté» vient de la couleur du pelage dans le dos, qui blanchit
avec l'âge chez les mâles.
Tourisme. Un gardien du parc
connaissait l'un des gorilles tués et mangés. Il était
né dans un groupe habitué à la présence de l'homme,
il pouvait donc se laisser approcher d'assez près. Pour protéger
ces primates, l'Ouganda et le Rwanda ont en effet choisi de développer
le tourisme, mais un tourisme très cher et très encadré.
Des petits groupes partent en forêts accompagnés de guides et
observent des groupes de gorilles. Ils doivent respecter une certaine distance
et ne peuvent communiquer avec eux ni les solliciter, mais, de fait, les gorilles
sont habitués à cette présence qu'ils ne voient pas comme
une menace.
Cette forme de tourisme fonctionne bien et permet
d'embaucher des gardes. L'Ouganda vient d'ailleurs d'annoncer que le prix des
permis délivrés aux touristes pour aller voir les gorilles de
montagne dans ses parcs nationaux serait augmenté de 33 % à partir
de cet été : l'heure de visite passera de 375 à 500 dollars
(288 à 385 euros). Ce tarif, déjà pratiqué au
Rwanda, devrait être adopté en RDC.
Sylvie BRIET - Libération - 25/01/2007