Joseph Kabila, premier président congolais démocratiquement élu
depuis plus de 40 ans, a entamé officiellement mercredi un mandat
de cinq ans, au moment où des combats continuent d'opposer rebelles
et forces gouvernementales dans l'est de l'ex-Zaïre.
Catapulté à la tête de la République démocratique
du Congo (RDC) après l'assassinat de son père Laurent-Désiré en
2001, Joseph Kabila, 35 ans, a remporté le second tour de l'élection
présidentielle dans un climat tendu le 29 octobre avec plus de 58%
des suffrages, face à l'ancien rebelle Jean-Pierre Bemba.
Acclamé par des milliers de partisans qui dansaient et chantaient,
Kabila, en costume sombre, a prêté serment devant les membres
de la Cour suprême au cours d'une cérémonie colorée
mais placée sous haute protection dans les jardins du palais présidentiel
de Kinshasa, sur les bords du fleuve Congo.
Dans un pays qui a connu des années de guerre et de violences, le
dispositif de sécurité était très strict. Des
soldats de la Garde présidentielle fortement armés, portant
uniformes noirs et bérets beiges, surveillaient le palais et patrouillaient
dans les rues de la ville.
"Devant nous s'ouvre une nouvelle page. Le Congo de demain, je le vois
porter les espérances d'une Afrique renaissante à l'aube de
ce siècle aux grands défis", a déclaré Kabila
dans un discours.
Il s'est engagé à s'appuyer sur "la trilogie de bonne
gouvernance, démocratie et respect des droits de l'homme".
Cette promesse répond à l'attente de la communauté internationale,
qui a consacré des centaines de millions de dollars à déployer
en RDC la plus grande force de maintien de la paix de l'Onu et à organiser
les premières élections libres de l'ex-Congo belge.
BEMBA ABSENT
Le jeune chef d'Etat a également fait de la lutte contre la corruption
une priorité dans un pays dont les vastes ressources naturelles (cuivre,
or, cobalt, diamants, uranium et bois) ont jusqu'ici été un
facteur de conflits et de souffrances plus que de développement pour
ses populations.
Autre priorité identifiée par Kabila: mettre fin aux violences,
notamment dans l'Est où opèrent des miliciens et des rebelles "qui
n'ont pas encore compris que ce temps est révolu".
Dans l'Est, précisément, des casques bleus de l'Onu ont tué plus
de 150 insurgés en repoussant la semaine dernière une offensive
du général rebelle Laurent Nkunda.
Après une salve de coups de canon, le président congolais
a reçu mercredi les félicitations de dignitaires étrangers,
notamment de plusieurs chefs d'Etat africains, de chefs coutumiers et de
membres de son gouvernement provisoire.
Jean-Pierre Bemba, adversaire malheureux de Kabila au scrutin présidentiel
historique de novembre, n'était pas présent à la cérémonie
d'investiture bien qu'il y ait été invité.
Son refus initial d'accepter la victoire de Kabila, qui a été confirmée
par la Cour suprême, avait fait craindre un regain de violence dans
la capitale, où des combats ont opposé ces derniers mois des
soldats des deux candidats à la présidence.
Mais après avoir dénoncé une fraude "systématique" dans
le dépouillement des suffrages, Bemba a fait savoir qu'il entrerait
dans l'opposition politique au nom de la paix nationale.
Signe d'une controverse persistante autour de l'issue du scrutin, de nombreux
partisans de Bemba estiment encore que l'élection de Kabila est entachée
de fraude. "Soit ! Nous nous inclinons, mais nous l'attendons à l'oeuvre.
Dans cinq ans, nous ferons le bilan", déclarait l'un d'eux, Norbert
Kabuya.
Le processus électoral parachevait une phase de transition amorcée à l'issue
de la guerre civile de 1998-2003 - origine d'une des crises humanitaires
les plus graves du monde, qui a déjà entraîné la
mort d'environ quatre millions de personnes. Un millier de Congolais meurent
encore chaque jour, victimes de violences, de la faim et des maladies.
Reuters - L'Express 6/12/2006