Goma, 18 mars 2008 (AFP)
Un responsable du Parc National des Virunga a été arrêté mardi [18 mars] dans le cadre de l'enquête sur l'abattage de gorilles en 2007 dans ce parc du Nord-Kivu, dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), a-t-on appris auprès des autorités locales.
Honoré Mashagiro, chef du secteur sud du Parc des Virunga et Conservateur de l'Institut Congolais de Conservation de la nature (ICCN), a été arrêté mardi matin à Goma, capitale du Nord-Kivu, a indiqué à l'AFP la Ministre Provinciale de l'Environnement, Félicité Kalume. Il est suspecté "d'avoir orchestré la tuerie des gorilles des montagnes l'an dernier", a-t-elle ajouté, sans être en mesure de préciser le mobile de ces abattages de grands singes, dont près d'une dizaine ont été tués et abandonnés dans la forêt en 2007.
Selon un responsable de l'ICCN s'exprimant sous couvert d'anonymat, dans les prochains jours, "six gardes forestiers devraient être entendus". Ils sont soupçonnés d'avoir pisté les animaux et de les avoir abattus sur ordre de M. Mashagiro, selon cette source.
Classé au Patrimoine Mondial par l'Unesco (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture), le Parc des Virunga abrite plus de la moitié des quelque 700 derniers gorilles des montagnes encore en liberté - qui vivent à cheval entre l'est de la RDC, le Rwanda et l'Ouganda voisins.
Au total en 2007, dix gorilles de montagne ont été tués et deux portés disparus. Des associations de défense de l'environnement avaient accusé des combattants ralliés au chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda d'avoir tué, dépecé et mangé deux 'dos argentés' en janvier 2007. En revanche, les autres gorilles abattus au cours de l'été avaient été retrouvés morts mais intacts, parfois avec un petit vivant encore accroché au dos de sa mère, dans le parc. L'hypothèse de braconniers avait alors été écartée.
Ce massacre de gorilles des montagnes pourrait avoir pour cause de "profondes querelles internes à l'ICCN", selon des experts environnementalistes basés dans la région. "Certains chefs de secteur sont impliqués dans des trafics de "makala" (charbon de bois illégalement fabriqué dans le parc)", a indiqué à l'AFP l'un d'eux, sous couvert d'anonymat. "Plusieurs hypothèses circulent: abattre des gorilles pour détourner l'attention du trafic, très rentable, ou pour faire incriminer un chef de secteur en tuant des bêtes chez lui (dans le but de) l'écarter ou (de) consolider son propre trafic en toute tranquillité", a-t-il ajouté.
Interrogé par l'AFP, l'actuel responsable de l'ICCN au Nord-Kivu, Alexandre Wathaut, a affirmé que "la lutte contre le trafic de makala" dans le parc s'était "beaucoup intensifiée" depuis la fin 2007. Il a reconnu l'existence de "conflits entre individus" parmi les gestionnaires du parc et affirmé que l'ICCN travaillait à "sortir de cette crise", sans plus de précision.
Agence France Presse : www.afp.com